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Untergunther UX

Paris, le 3 novembre 2008

Untergunther et l’horloge du Panthéon








Les Untergunther constituent un groupe clandestin basé à Paris, dont l'activité consiste à restaurer les parties non-visibles du patrimoine. Ils font partie de l’UX, une organisation qui fédère d’autres groupes aux activités complémentaires, tels que le Mouse House ou La Mexicaine De Perforation.


En septembre 2005, succédant à La Mexicaine De Perforation qui utilisait le Panthéon pour y représenter clandestinement des pièces de théâtre, les Untergunther installent dans les hauteurs du bâtiment un atelier, connu sous le nom de UGWK.


Ils y entament par la suite, de leur propre initiative et à leurs frais, la restauration de l'horloge WAGNER du XIXe siècle qui donnait avant-guerre la mesure du temps dans le mausolée dédié aux grands hommes de la nation.


Cette horloge monumentale avait été sabotée au cours des années 1960 par un employé du monument, visiblement fatigué d'avoir à remonter le mécanisme une fois par semaine. Elle fut ensuite laissée à l'abandon, à tel point que la direction du Panthéon finit par en ignorer même l'existence. Le chantier, intervint donc in-extremis, avant que l'état de dégradation de celle-ci ne devienne irréversible. Les différents travaux nécessaires, pour rendre l'horloge à son aspect d'origine et prête à fonctionner de nouveau, dureront un an et se feront sous la direction de l’horloger Jean-Baptiste Viot, le tout bien sûr à l’insu des différentes autorités "concernées", les Untergunther n’ayant pas vocation à communiquer sur leurs activités.


Néanmoins en septembre 2006, une fois la restauration achevée, ils décident à titre exceptionnel d’en informer l’administrateur, M. Bernard Jeannot, pour donner à ce dernier la possibilité de faire fonctionner l’horloge si d’aventure il en avait l’intention. Mais le Centre des Monuments Nationaux (CMN), dont dépend le Panthéon, sembla craindre que sa remise en marche ne fasse trop apparaître sa propre incapacité à entretenir le patrimoine dont il a la charge. L’horloge mécanique ne fut donc jamais remontée, bien quelle ait été à présent en parfait état de fonctionnement.

 

Le 24 décembre 2006, le Mouse House, qui utilisait le lanterneau de l'édifice pour y faire des essais de transmissions, demanda par curiosité à M. Viot s’il pouvait remonter et mettre à l’heure cette horloge. Ceci fut fait le soir même, déclenchant ainsi la colère du CMN qui auparavant avait fort maladroitement donné consigne à ses subordonnés de nier toute l'affaire en bloc. L’incorrigible administration fit même intervenir, quelques jours plus tard, un horloger de la maison Lepaute dans le but de re-saboter le mécanisme ! Ces événements furent relatés notamment dans le quotidien Le Figaro.


Furieux que son incompétence soit révélée de façon aussi flagrante, le CMN décida alors d’attaquer les Untergunther en justice. L'audience eu lieu le 23 novembre 2007, à la 29ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Au cours du procès, l'avocat de la partie civile, Maître Gomez, leur réclama par un savant calcul la somme de 48 300 euros pour cette restauration. Comme pour étayer ses exigences surréalistes, il accusa ensuite les horlogers pirates d'une invraisemblable histoire de dégradation sur l'une des grilles du monument, montrant ainsi qu'il n'avait aucune notion de ce qu'est la serrurerie, ni à vrai dire aucune notion de quoi que ce soit de manière générale.


Surprise par de telles poursuites, qu’elle qualifiera elle-même de "stupides", la procureur Anne Benejean demandera la relaxe pour les quatre membres du groupe qui se trouvaient ce matin là sur le banc des accusés. La relaxe sera confirmée par le président du tribunal Eric Meunier qui, nonobstant le fait qu'il réprouve toute initiative clandestine même bienveillante, jugera "tout à fait incompréhensibles" les accusations portées par le CMN.


À la sortie de la salle d'audience, Mme Ghislaine Santoni "responsable sécurité" du Panthéon et M. Pascal Monnet, nouvellement nommé administrateur en remplacement de M. Jeannot, semblaient bien trop accablés et contrits pour pouvoir répondre aux questions de Clarisse Fabre, journaliste au Monde.


M. Lazar Kunstmann, porte-parole des Untergunther, a quant à lui accepté de commenter ces derniers faits. Ils seront reportés le lendemain en page trois du journal Le Monde et développés plus en détails dans un ouvrage intitulé La Culture en clandestins. L’UX, publié aux éditions HAZAN.



Daniel TREPZ